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Le smartphone de demain est sur notre nez

 
 
 
 

Il sonne et fait toutes sortes de bruits. Il nous dit quand monter en voiture. Signale les changements de statut de nos amis, nous sert de boîte de réception mobile et de mini-bureau. En même temps, il surveille notre santé, fait office de journal, remplace la télécommande de la TV en soirée et le réveil le matin… Qui pourrait encore imaginer la vie sans smartphone ?

Et pourtant, c’est le scénario auquel s’attend l’informaticienne et autorité mondiale Pattie Maes (55 ans). Cette Belge de Wemmel, professeur au Media Lab du célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), jouit d’une renommée mondiale pour son influence sur les développements technologiques. Humo l’a même classée en cinquième position dans sa liste des Belges les plus influents. Elle travaille et vit à Boston quand elle n’est pas ailleurs pour une conférence TED sur la technologie ou une interview avec Telenet Business.

L’une de ses affirmations les plus marquantes lors de cette interview : « Les smartphones ne sont que des appareils stupides ». Mais pourquoi diable ?

Commençons par un constat : la technologie est omniprésente... et souvent perturbante dans les contacts sociaux. En tant qu’inventeur de technologies toujours plus innovantes, qu’en pensez-vous ?

Pattie Maes : « Je ne suis absolument pas d’accord. Si la technologie est si perturbante dans notre vie, c’est parce qu’elle n’y est pas suffisamment intégrée. À titre d’exemple, mes enfants adolescents sont tellement ‘scotchés’ à leur téléphone qu'ils ne remarquent quasiment plus leur environnement.
Je ne veux pas devenir esclave de la technologie. Cela peut, certes, paraître surprenant pour une femme ayant ma fonction, mais je n’aime guère les gadgets. Je n’ai même pas de smartwatch car je ne tiens pas à être dérangée en permanence.
Je ne suis pas non plus très active sur les réseaux sociaux. Le flux incessant d’infos et d’actualisations de statuts vous enlève tout contrôle sur votre temps. Il y a du nouveau par ci, par là... on devient comme un singe de laboratoire. »

Comment peut-on améliorer l’intégration de la technologie dans notre vie ?

Pattie Maes : « Les smartphones et les réseaux sociaux sont deux technologies omniprésentes mais elles laissent encore à désirer. Si nous les rendons plus intelligentes et autonomes, mes enfants reprendront davantage conscience de la vraie vie.
Notre idée est de construire des systèmes qui en savent plus sur le monde de l’utilisateur. Ainsi, ils fourniront l’information au moment où l’utilisateur en a besoin et où elle ne gêne pas ou moins.
Ici, au Media Lab, nous planchons sur ce défi depuis 20 à 25 ans - une intégration douce qui se concrétise peu à peu. Prenons l’exemple de Google Now, qui prend des initiatives proactives sur la base de nos données en ligne, qui fait des suggestions personnelles au moment où elles sont pertinentes. Ainsi, il nous indique quand la circulation est intense et nous conseille de partir une demi-heure plus tôt.
Nous avons déjà enregistré des progrès considérables en matière de logiciels. Mais nous avons besoin de nouveaux systèmes sur le plan du matériel. »

« Ce que doivent faire les entrepreneurs belges ? Suivre les technologies émergentes, puis mettre sur pied de petites expériences. »

Pattie Maes

Et donc, vous affirmez que l’incontournable smartphone...?

Pattie Maes : « …que le smartphone que nous trouvons si intelligent est en fait un appareil stupide. C’est un système aussi passif qu’un marteau. Son propriétaire doit décider lui-même quand il veut l’utiliser et quelle app est nécessaire.
Comme cet outil est devenu extrêmement important dans notre vie - bien plus important et personnel qu’un marteau - il est intéressant de le rendre plus intelligent, de lui faire prendre plus d’initiatives, de susciter des interactions et de le personnaliser. »

« Nous trouvons le smartphone intelligent… mais en réalité, c’est un appareil stupide. C’est un système aussi passif qu’un marteau. »

Pattie Maes

D’après vous, à quoi ressemblera le smartphone du futur ?

Pattie Maes : « Le smartphone ne va plus tenir dans la poche de notre pantalon ou coller à nos mains. Je le vois plutôt s’inscrire dans une optique de réalité augmentée.
Aujourd’hui, nous ne connaissons cette RA que sous la forme de casques volumineux, que nous ne pouvons pas porter en rue. Nous n’allons pas les utiliser pour acheter du papier toilette au supermarché, tandis que nous vérifions en direct si nous avons bien opté pour le papier le plus écologique.
Ces casques vont néanmoins devenir plus petits, plus légers et mieux acceptés. D'ici quelques années, ils seront semblables aux lunettes que vous portez aujourd’hui. Dans ce contexte, je tiens compte de l’échec de Google Glass, mais il est dû à de petites erreurs et surtout au timing. Il est fréquent qu’une technologie n’opère pas une percée immédiate mais bien plusieurs années plus tard - comme les iPad avec lesquels nous nous baladons tous de nos jours. »

Comment les entrepreneurs font-ils pour innover vraiment avec ces connaissances ?

Pattie Maes : « L’industrie et le secteur du jeu sont les premiers à intégrer les nouvelles technologies. Ainsi, une paire de lunettes - ou généralement un iPad, à l’heure actuelle - donne au médecin toutes les informations requises lorsqu’il entre dans la chambre d’un patient. Qui est dans le lit ? Avec quelle maladie et quels symptômes ? À quelle médication est-il allergique, quelles sont les complications survenues,... ? Le système aide activement le médecin avec toutes les informations pertinentes.
L’une de nos spin-offs apporte la réalité augmentée aux usines - afin qu’une personne travaillant sur une machine complexe bénéficie d’un feed-back en temps réel, ou reçoive un avertissement s’il saute une étape, par exemple. On obtient ainsi une fabrication intelligente. La RA s’intègre de la même manière dans l’industrie pharmaceutique, les services de gestion et d’entretien, ainsi que tout secteur utilisant la 3D. »

Vous travaillez surtout pour et avec les 1.000 plus grandes entreprises aux États-Unis. Avez-vous des conseils concrets pour les entrepreneurs belges ?

Pattie Maes : « Je conseille aux entrepreneurs plus modestes de suivre les développements technologiques via des organisations qui organisent des congrès, dénichent les technologies et les diffusent à grande échelle. Les entrepreneurs doivent rassembler activement des informations sur la technologie qui peut leur être utile. Cela les fera réfléchir à toutes les technologies émergentes, en vue d’expériences à petite échelle. »

19 % des entrepreneurs n’ont pas suffisamment de connaissances pour mener leurs activités dans un contexte numérique. 26 % ont trop peu de temps. 78 % n’ont aucune stratégie numérique. Une réalité alarmante ?

Pattie Maes : « Force m’est de constater une montée de la résistance à la progression inexorable de la technologie. Et je redoute donc l’avènement du « backlash » (contrecoup) : le fameux Coming Tech Backlash qui fait tant parler de lui. D’après moi, nous résoudrons ce problème en réfléchissant à la place de la technologie dans notre société. »

Vous planchez sans relâche sur l’avenir. Quelles solutions pouvons-nous escompter d’ici 20 ans ?

Pattie Maes : « Je souhaite continuer à évoluer dans la direction d’ores et déjà empruntée par notre laboratoire. Comment des systèmes que nous avons toujours avec nous et qui en savent plus sur l’utilisateur peuvent-ils aider les gens ? Je parle ici de problèmes mentaux et cognitifs auxquels beaucoup de gens sont confrontés, comme la maladie d’Alzheimer, la démence et le stress.
En tant qu’informaticiens, nous n’avons pas encore suffisamment exploré cette voie. »

« Je ne veux pas devenir une Elon Musk au féminin »

Pattie Maes est numéro 5 dans la liste des 50 Belges les plus influents au monde d’Humo. Fast Company la classe parmi les 50 designers les plus influents. D’après Newsweek, c’est l’un des 100 Américains à tenir à l’œil. TIME Digital l’a sélectionnée en tant que Cyber Elite... et ainsi de suite.

« Je ne cherche pas vraiment ces reconnaissances », rit sobrement Pattie Maes durant l’interview pour Telenet Business. « Je veux simplement faire mon travail. Si celui-ci me permet d’exercer une influence et de faire entendre mon message par l’industrie et les nouveaux entrepreneurs, j’aurai atteint mon objectif. Je ne tiens pas à devenir une grande visionnaire. Je n’ai pas besoin d’être l’Elon Musk au féminin. »

 

Si Patty Maes ne prend pas les choses de haut, il ne faut pas sous-estimer son influence sur la technologie que nous utilisons aujourd’hui. « Il y a 25 ans, nous planchions sur des systèmes de recommandation », se rappelle-t-elle. « Comment pouvons-nous faire des recommandations aux gens sur la base de leurs intérêts et de leur comportement d’achat ? Si vous aimez tels livres ou telle musique, peut-être apprécierez-vous également ceci ! Nous connaissons tous ce principe au travers des suggestions d’Amazon et Spotify, qui proposent des livres, des playlists et de nouveaux albums. »

 

« Nos collaborations avec des entreprises jouent un rôle essentiel dans la diffusion de nos recherches. Il ne faut pas non plus sous-estimer le fait que la plupart de nos étudiants vont travailler chez Google, Samsung et Facebook. L’un des plus connus est Pranav Mistry, aujourd’hui Global Vice President chez Samsung Electronics. Il a développé chez nous le sixième sens sur lequel j’ai tenu une TED-talk SixthSense en 2009 à Long Beach, en Californie. »

 

Près de 10 millions de personnes ont déjà regardé le TED-talk en ligne de Pattie Maes. Sa récente « keynote » à TEDx Brussels a également engendré pas mal de remous. Voyez-vous désormais l’avenir différemment ?

«Je ne crains pas que des systèmes artificiels autonomes deviennent plus intelligents ou capables que l’être humain.»

 

Pattie Maes montre dans cette vidéo-interview avec De Tijd comment son Media Lab travaille à des ordinateurs qui améliorent notre vie.

 

 
 

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