Technologie centrée sur l'humain

22 novembre 2022 - 5

Comment appréhender une technologie plus intelligente, qui évolue plus vite que l’homme ? « En remettant l’humain au centre », affirme Fredo De Smet, humaniste digital. « Aujourd’hui, nous accordons la priorité aux consommateurs, mais pas aux individus et encore moins aux communautés. »

Selon Fredo De Smet, auteur du livre Artificial Stupidity, il n’y a aucune issue possible : « Nous vivons déjà dans une sorte de métavers, où l’on peut à peine distinguer le digital du physique. Des milliers d’Américains ont pris d’assaut le Capitole, poussés par un président qui préfère utiliser son propre nom sur Twitter plutôt que le compte du président. »

 

D’après ses prédictions, ce type de monde deviendra encore plus convivial. Des expériences économiques seront mises en place, par exemple des boutiques qui vendent des vêtements pour avatars. « Voyez-le comme un cadeau à nous-mêmes : nous sommes connectés à tout et à tout le monde en même temps. Chacun est bien sûr libre d’organiser la chose comme il l’entend. Mais il n’y a pas de retour en arrière possible. »

 

Ce n’est pas non plus un désastre, estime De Smet. « C’est intéressant d’avoir différentes identités : je peux avoir un compte qui reflète le vrai Fredo et faire des affaires sous d’autres identités. Il faut s’en réjouir, mais aussi adopter un regard très critique. »

Logique de marché

L’esprit critique consiste à veiller à ce que les individus et la planète soient à nouveau au centre des préoccupations, précise De Smet. « Les systèmes comme Facebook et Instagram reposent aujourd’hui sur la maximisation des profits pour les actionnaires. Ce n’est pas mal en soi, mais ces plateformes ne sont plus réellement “sociales”. Il convient de se pencher sur ce point. Et les réflexions sont en cours. »

 

L’intelligence artificielle (IA) est, elle aussi, souvent déployée selon une logique de marché. « L’IA fait désormais partie intégrante de nos vies », ajoute De Smet. « Prenez un jour comme aujourd’hui. J’ai écouté une playlist Spotify basée sur un titre : IA. J’ai pris une photo de mes enfants avec un effet de profondeur de champ : IA. J’ai cherché un itinéraire : IA. J’ai reçu un pop-up indiquant qu’il y avait toujours de la musique chez moi : IA. Mon téléphone se sert énormément de l’IA. Et elle est utile dans ces domaines. Mon souci : je ne peux pas régler l’IA dans mes paramètres. Et je ne peux pas non plus la désactiver, comme le Bluetooth. Cet aspect me dérange. L’IA est une technologie qui nécessite d’être contrôlée. On manque clairement de transparence en la matière, pour l’instant. »

Bulle sociale

Les plateformes vivent dans une culture de l’excès, explique De Smet. « Elles ont tout en quantité trop importante : informations, données, films, musique, amis... C’est propre à la culture digitale. Elles vous présentent donc une sélection. Elles vous enferment dans une bulle, même sur le plan social. Rien de grave : nous nous entourons généralement de personnes qui nous ressemblent dans la vie réelle aussi. Mais quand j’ai compris l’existence de cette bulle de filtres digitaux, j’ai commencé à suivre beaucoup plus de personnes qui ne me ressemblent pas : des personnes de couleur, des jeunes musulmanes… »

 

« J’ai ensuite commencé à faire de même dans le monde réel grâce à la richesse des récits qui ont alors émergé. » De Smet cite un conseil « presque trop absurde pour être vrai » : « Allez parler davantage aux gens au lieu de regarder votre GSM. Être humain est un sport d’équipe. Ensemble, nous pouvons faire une grande différence dans le monde. »

 

Mais voulons-nous vraiment d’un métavers où les gens vivent et sont constamment connectés ? « Nous vivons aujourd’hui dans une économie basée sur des désirs inventés, pas sur des besoins. À quoi ressemblerait un système économique fondé sur ce que nous voulons vraiment et non sur ce que l’industrie publicitaire nous fait croire ? Un métavers qui ne serait pas créé par Facebook/Meta, mais qui partirait d’un défi commun, de la volonté de bâtir une communauté ? Il en découlerait de merveilleuses interactions. »